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II. COMMENT PRATIQUER ?

Nous avions abordé dans le texte précédent la nécessité de bien comprendre nos motivations dans la pratique du yoga pour mieux nous inscrire dans la continuité et non dans l'échec. Et nous avions évoqué également que la pratique des asanas (le travail postural) pouvait réveiller des mémoires “émotionnelles" qui allaient être plus ou moins bien accueillies par notre corps, notre égo et mettre en évidence des tensions ou des blocages d’énergie .

Lorsque ces latences engrammées n'ont pas été identifiées , il y a de grandes chances en effet qu’elles se manifestent à notre insu. Notre corps en montrant ainsi ses limites nous interpelle et nous invite à l’écouter. (Voir en deuxième partie LES ÉMOTIONS sur le plan neurophysiologique, nous prendrons l'exemple du stress.)


Pour revenir au yoga et plus particulièrement à la pratique posturale ( Asanas), que pouvons-nous faire pour dépasser ces blocages ?


Il faut pour libérer cette énergie "compromise", développer la conscience du corps dans le mouvement ou l’immobilité, être attentif aux limites, restrictions ou entraves qui s’imposent à vous. Acceptez cette situation, pratiquez le plus régulièrement possible en vous ouvrant, postures après postures, aux nouvelles potentialités qui s’offrent à vous. Pour cela, un certain nombre d’asanas, si elles sont réalisées avec de plus en plus d'attention, de conscience, sont suffisantes pour commencer. La conscience de soi dans le mouvement est à privilégier à l'action. La recherche et la pratique de postures de plus en plus difficiles ne témoignent pas forcément d’une "progression" .

Pour évoluer à votre rythme et efficacement, essayez de respecter certains principes de base, par exemple : ne vous précipitez pas pour finaliser la posture et respecter les étapes. Soyez dans l'être plus que dans le faire.

N’enchaînez pas immédiatement côtés gauche et droit, faites une pause entre les deux pour bien dissocier les ressentis et les perceptions que vous avez des parties sollicitées. Vous permettez à votre corps “d'imprimer “ votre "senti ", je dis bien imprimer puisque votre cerveau va inscrire sur les zones motrices et sensitives du cortex cérébral, ces sensations et ainsi développer votre conscience du corps afin d'être plus présent à vous même.

Alterner postures d'ouverture et de fermeture.

Respecter les phases actives et passives ainsi que le rythme respiratoire qui leur est associé. (Nous évoquerons l’importance de LA RESPIRATION dans un prochain texte).

Les Asanas vont créer avec le temps et l'expérimentation, des conditions bénéfiques à l’émergence d' un état “particulier” favorable à votre évolution ou votre épanouissement, peut-être une forme de libération ou plus modestement d’avantages “d’ états conscients” . En d’autres termes dans l'apprentissage du yoga lorsque les conditions propices à un changement sont réunies, la "magie" opère.

La prise de conscience nous guide… Et le travail continue.


MAIS QUE SE PASSE-T-IL SUR LE PLAN NEUROPHYSIOLOGIQUE, AU NIVEAU DE

NOS ÉMOTIONS ?

PRENONS L'EXEMPLE DU STRESS :


Les amygdales (cerveau limbique ) sont le siège de notre mémoire émotionnelle. Lorsque nous vivons une émotion, nous les activons. Elles enregistrent au cours de notre vie, toutes les émotions que nous avons vécues. Donc chaque émotion passe au travers du filtre de cette mémoire. L'émotion n’est donc plus en relation avec une réalité objective puisqu’elle filtrée. Ensuite les amygdales envoient leurs conclusions à l'hippocampe (système limbique) qui à son tour envoie l’information au Frontal (Néocortex). Si la situation est agressante pour le sujet, les amygdales sont activées et vont enclencher un circuit à l’intérieur du système limbique.



SCHÉMATIQUEMENT AMYGDALES → HIPPOCAMPE→ PREFRONTAL

Ce circuit a pour but de fixer notre attention sur le problème. Il le fait tellement bien qu'à chaque tour l’émotion augmente. Et c’est justement parce que cette émotion augmente à chaque fois qu’elle finit par occuper toute la place. Avant même que tout soit arrivé au Frontal, les amygdales déclenchent l’alarme non seulement au niveau du circuit Hippocampe Préfrontal mais elles activent également l’hypothalamus (reptilien).

L’Hypothalamus va secréter une Hormone la CRH (de l'anglais corticotropin-releasing hormone anciennement appelée CRF ) qui est en relation directe avec l'Hypophyse qui joue le rôle d'ordinateur central. L’hypophyse (appelée aussi glande Pituitaire) va donc sécréter à son tour une autre hormone l’ACTH (l'adrénocorticotrophine dite hormone du sress), qui par voie sanguine arrive au niveau des glandes situées au dessus des reins, les surrénales , composées en 2 parties : la Médullosurrénale et la Corticosurrénale.

L’ACTH stimule la corticosurrénale.

La corticosurrénale sécrète une hormone, le cortisol. Le Cortisol va atteindre le foie. Le foie stimulé par le cortisol va libérer du glucose. Le glucose (combustible pour l’énergie) va aller dans les muscles pour favoriser l’action.


Parallèlement l’hypothalamus va activer le système neuro végétatif, qui à son tour va secréter l’Adrénaline (qui stimule les battements de cœur, la respiration rapide, le ventre spasmé, le plexus noué etc...)

En pratiquant le Yoga, nous allons faire un stop et prendre conscience de notre état. Lorsque je suis dans l’émotion, je suis en émissivité non contrôlée. (voir texte Vittoz). Je prends conscience de cet état "incontrôlé" grâce au frontal (centre du moi). Le Frontal décide de stopper “tout ça”. Il transmet cet ordre au Préfrontal, à partir de là je suis en émissivité contrôlée. Le Préfrontal confirme et transmet l’ordre au système limbique, en particulier à l’Hypothalamus qui va lui stopper les réactions en chaîne, en arrêtant la sécrétion de Realising Factor (substance produite au niveau de l'hypothalamus, qui déclenche la sécrétion des hormones hypophysaires). Du même coup les corticosurrénales ne sécrètent plus de cortisol, et les médullosurrénales ne sécrètent plus d'adrénaline qui activait le système nerveux végétatif. Nous pouvons maintenant reprendre le contrôle de la situation .

Nommer notre émotion grâce à notre préfrontal permet la conscience de soi. Puis nous allons écouter notre corps, nous mettre donc en réceptivité ( voir texte sur Vittoz).

Nous allons agir sur notre respiration en lui donnant plus d’amplitude et de profondeur. La respiration à une action directe sur le tronc cérébral. Nous allons sentir notre corps, être réceptif à son “SENTI” afin de quitter le mental pour aller

dans les zones sensorielles. Ainsi nous rétablissons un contact plus objectif avec la réalité.

En répétant ces prises de conscience, nous fortifions notre frontal, centre du Moi .

Nous verrons dans un prochain texte que les émotions ne sont pas les seules à interférer entre le corps et l’esprit.


Irène Saura